Une "femme à l'ancienne"

Elle but un gorgée de vodka et continua : "Quand je sortais encore dans les bars avec ma bande potes de l'époque, il y en avait un qui faisait toujours la tronche. Evidemment, moi, pauvre idiote romanesque, je craquais un peu pour lui. Un soir, c'était "karaoké" et ils passaient la chanson "Mourir d'aimer" que, joyeux, nous chantions à tue-tête et comme des casseroles avec les amis. Lui, à l'écart, nous regardait avec mépris. Il goûtait sans doute les paroles triste de cette mélodie et s'affligeait de notre stupide gaieté. J'eu honte, je l'avoue. Mais pas longtemps. Car le con c'était lui, pas nous. Son désespoir c'était du chiqué, de l'affectation, de la pose esthétisante. Il n'avait pas un supplément d'âme sur nous. C'était juste un malheureux qui ne savait pas qu'il y a un temps pour tout : un temps pour la gravité et un temps pour la joie.
J'ai un petit coté "femme à l'ancienne" reprit-elle après un silence. Tu sais, comme dans les vieilles chansons d'amour. Pas du tout "poupée" ou "princesse". J'ai horreur des hommes qui prennent l'initiative, qui veulent tout gérer, dominer, tout ça... J'aime les hommes un peu "objets". Objets de mon admiration, objets sexuels, objets de ma convoitise, de mes obsessions et de mes fantasmes... Un peu mystérieux, enfermés dans leur tour d'ivoire, comme prisonniers de quelques tourments intimes, et capable, au fond, de n'aimer qu'eux-même... J'aime être la passagère clandestine de leur vie et de leur corps. La matière grise toute seule ça ne m'émeut pas. Un joli corps tout seul, je peux m'en contenter mais ça me lasse vite. Ce que j'aime chez toi et que je trouve particulièrement excitant c'est l'alliance des deux. D'autant plus que je ressens en toi comme une fêlure, une blessure intime, et cela, je te l'avoue, est, pour moi, extrêmement aphrodisiaque. Je confesse aussi qu'il y a dans ta maladresse, dans ton manque d'assurance quelquefois, dans ta façon de douter de toi et de nous, un quelque chose de l'adolescence qui me séduit beaucoup. J'ai horreur de tous ces beaux mecs qui le savent et qui en jouent. Arrogants imbéciles dont on se détourne en se disant "quel gâchis". Nulle trace en toi de cette infatuation et cela te rend irrésistible - à mes yeux du moins.

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