Ma solitude, vois-tu, n'a rien de nietzschéen. Ce n'est pas celle du génie, du grand homme incompris. Celle que chante Ferré dans sa chanson du même nom. Ma solitude ne se prend pas pour César ou pour Napoléon. Elle ne frime pas dans les salons, ne se pavane pas, ne s'affiche pas. Elle se joue en silence aux oreilles des chats, se mire, fraternelle, dans le regard des chiens. S'éternise aux terrasses, aux balcons de la vie, se chuchote en secret dans les ailes du vent, se pianote en mineur sur les tables du temps. Mouillée de nostalgie, enivrée de tendresse, elle a l'odeur du chagrin, la teinte des frimas, le goût amer des larmes. Ma solitude
- Il n'y a rien de plus ennuyeux que la paix. Bien que personne ne souhaite aller en enfer, le paradis doit être intenable. Je me demande parfois si tout ces bonnes gens qui nous entourent ne souhaitent pas, secrètement, une bonne guerre, comme avant, bien affreuse, bien sanglante, tu vois ? Juste pour ressentir la troublante gaieté de la voir finir un jour. Un peu comme cette histoire du type qui portait des chaussures trop petites la journée, pour mieux goûter, le soir venu, le bonheur de les enlever... Rêver d'être oppressé, envahi, pour pouvoir enfin vivre la grande joie de la libération ! - C'est tellement vrai, ce que tu dis. C'est comme les gens de gauche, qui ronchonnent et qui luttent : Si demain le temps des Cerises arrivait, ils seraient tout désorientés, déboussolés. Soudain désoeuvrés, n'ayant plus rien à contester ni à dénoncer, ils se retrouveraient seuls face au grand vide du monde, de leur vie et de leur âme. Je peux t'assurer qu'ils détest...
Je suis peut-être un garçon bizarre mais après le bac de philo, quand je parlais de ma mauvaise note à mon professeur, et qu'il me répondit la phrase suivante, voici ce que j'entendis :"Vous les avez cherché(e)s (vos couilles), vous les avez trouvé(e)s (les emmerdes)..."
C'était rigolo les petites annonces quand ça existait encore. J'aimais bien faire rire Elodie, qui vivait avec moi en cette lointaine époque, en interprétant celles du journal local de notre ville avec des voix tordues et caricaturales. Par exemple je prenais un ton de vieux bonhomme, qu'on imaginait hirsute, édenté et sale et je lançais : "Jeune Homme, 75 ans ! cherche p'tite pouliche bien roulée pour rodéo endiablé !" Elodie, bonne enfant, bon public et parfaite amie, éclatait alors de rire. * Les imbéciles, "qui se croient innocents mais qui sont en réalité les pires des ordures" comme aimait le répéter mon professeur, passent leur temps à vous juger et à vous condamner pour des crimes que vous n'avez pas commis. Par contre, si vous émettez, du bout des lèvres et de l'humour noir, la moindre remarque ou observation, sarcastique, drôle et bien sentie, sur leur conduite de brigands, de vauriens et de moins-que-rien, leur inimitié fanatique v...
Où commence donc, en fait, l’inappétissant, et où cesse-t-il ? Pourquoi n’y a-t-il pas de cabinets pour manger ? Manger en public, et digérer en privé ; c’est ainsi qu’il convient à ces messieurs dames ! Et pourtant, rien ne surpasse l’indécence d’une table d’hôte. La racaille visite les « monuments intéressants ». On continue donc à demander simplement si le tombeau de Napoléon est digne d’être vu par Monsieur Shulze, et on ne demande toujours pas si Monsieur Shulze est digne de voir. Ce qui m'a toujours agacé, c'est la désinvolture avec laquelle la plupart des gens arborent leur visage. J’apprends donc, sans l’avoir demandé, ce qui se passe à l’intérieur de mes contemporains. Que je voie leur laideur extérieure ne leur suffit pas. Dans les cinq minutes où nous partageons notre route, il me faut aussi être instruit de ce qui les émeut, les ravit, les déçoit… Ceci, et ceci seulement, est le contenu de notre culture : la rapidité avec laquelle la bêtise nous entraîne dans son to...
Censeur de ma chère Paresse Pourquoi viens-tu me réveiller Au sein de l'aimable mollesse Où j'aime tant à sommeiller ? Laisse-moi, Philosophe austère Goûter voluptueusement Le doux plaisir de ne rien faire Et de penser tranquillement. François-Joachim de Pierres. J'aime à m'asseoir pour converser de temps en temps avec le drôle de petit bonhomme que je fus autrefois. Je crois que lui aussi apprécie ces moments, car il vient souvent me voir le soir, à l'heure où je suis seul avec ma pipe à écouter le crépitement du feu. A travers les volutes de fumée odorante, j'aperçois son petit visage sérieux qui me regarde, et je lui souris. Il m'arrive de prendre plaisir à la mélancolie. Une profonde détresse procure également beaucoup de satisfaction ; mais personne n'aime les coups de cafard. Pourtant, ça arrive à tout le monde, même si personne ne sait pourquoi. ça ne s'explique pas. Le cafard peut vous tomber dessus aussi bien après un gros héritage qu'ap...
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