Mon génie s'est repointé cette nuit. Grave, solennel, noir, sinistre, il n'a vraiment pas changé. Mon génie n'est pas un rigolo. Il ne se déguise pas pour carnaval, ne fréquente pas les guinguettes. Il s'insinue, sournois, menaçant, à la manière des grands méchants de films d'épouvante. Son thème est lent, majestueux, auguste, terrifiant. Il en effraierait plus d'un, mais moi je le connais maintenant. Je ne me laisse plus emporter, comme dans ma jeunesse, par son torrent, sa folie, sa psychose, ses cauchemars. Quand il se présente, immense et sombre, quand se fissurent insensiblement autour de moi les murs du réel pour le laisser entrer, quand, en silence, s'infiltrent dans ma chambre les rats de sa démence, moi, je ronchonne en battant une mayonnaise, je sifflote l'air de rien, je regarde ailleurs. Mon génie est trop grand pour moi et nous ne sommes pas fait l'un pour l'autre. Il se prend trop au sérieux. Il me tuerait. Alors, je l'ignore. L...