Je crois avoir profondément aimé la vie. Mais je l'ai surtout connue en passager clandestin de la vie des autres. Mes parents en l'occurence. Tout à l'heure, j'ai un peu quitté ma chambre pour rejoindre mon ami dans le jardin. Assis sur la terrasse, avec une tasse de café, la vie, la vraie vie me revient par bouffées. L'air tiède de ce début de printemps, le jour déclinant sur le coteau, les bruits de la ville au loin, les voisins, dehors eux aussi, la lumière lointaine de la lampe et le bruit diffus de la radio s'échappant de l'atelier de mon ami par la porte entrouverte. Et lui, les mains pleines de terre, bavardant, me racontant les jours de cette maison où nous vivons mais qu'il habite plus que moi. J'ai toujours été spectateur de la vie sur Terre, me nourrissant avec nostalgie de cet air si vivant du temps. J'ai aimé les étés en secret et le monde en hors-la-loi. Les êtres humains tout autour étaient marqués, sur leurs corps, sur leurs visag...