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Affichage des articles associés au libellé Musique et Poésie

L'hiver

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La grande tentation c'est le mensonge. Moins par volonté de tromper autrui que par peur de s'avouer à soi la vérité. S'il y a une vérité. Les félonies sont rares ; le mensonge le plus fréquent, c'est le bavardage. On ment par horreur du vide... Mais bavardage est lâcheté : peur du silence, peur de la vérité... C'est parole apeurée. Et nous sommes tous bavard en public, par cette peur. C'est pourquoi la solitude est une chance : pour une fois au moins aller au bout de son silence. Cette solitude est avant tout intérieure ; nous sommes solitude dit Rilke, au coeur du couple ou de la foule. Mais cette solitude est difficile, et l'on n'y atteint pas d'un coup. Il est plus simple d'abord de s'isoler, au sens matériel du terme : l'isolement n'est pas la solitude, mais peut y mener. Pédagogie du désert : faire le vide autour de soi, pour le trouver en soi. N'entendre plus personne, ne plus rien dire : écouter son silence... Il faut se ta...

Spleen et idéal

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En 2009, ayant du temps à perdre, je m'amusais à coller quelques musiques sur des poèmes de Charles Baudelaire lus par le comédien Denis Lavant. Cela donna finalement un album de 18 titres.  Le voici. 01 -  De profondis clamavi  02 -  Spleen (Musique : Jean-Philippe Goude) 03 -  L'ennemi (Musique : Jean-Philippe Goude) 04 - L'albatros (Musique : Sylvain Chauveau) 05 - L'invitation au voyage (Musique : William Sheller) 06 - Parfum exotique (Musique : Léo Ferré) 07 - L'homme et la mer (Musique : Léo Ferré) 08 - Une charogne (Musique : Erik Satie interprété par le Vienna Art Orchestra) 09 - La beauté / La musique (Musique : André Manoukian) 10 - Le chat I (Musique : Erik Satie interprété par Jean-Joël Barbier) 11 - Réversibilité (Musique : Nils Petter Molvaer) 12 - Tristesses de la lune / Confession (Musique : Ludwig van Beethoven interprété par Maria Joao Pires) 13 - Semper eadem (Musique : Jean-Philippe Goude) 14 - Le chat II (Musique : Erik Satie interp...

Melody

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Le soleil est rare Et le bonheur aussi L'amour s'égare au long de la vie Le soleil est rare Et le bonheur aussi Mais tout bouge au bras de Melody Les murs d'enceinte Du labyrinthe S'entrouvrent sur L'infini Serge Gainsbourg.

Ivre d'images

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Toute notre culture se fonde sur un appétit d'achat, sur l'idée d'un échange mutuellement profitable. "Attrayant" signifie d'habitude un joli paquet de qualités qui jouissent de popularité et sont recherchées sur le marché de la personnalité. Ainsi deux personnes tombent-elles amoureuses lorsqu'elles ont le sentiment d'avoir découvert le meilleur objet disponible sur le marché, compte-tenu des limitations de leur propre valeur d'échange. Dans une culture où prévaut l'orientation commerciale et dans laquelle le succès matériel constitue la valeur éminente, il n'y a guère de quoi s'étonner que les relations amoureuses suivent le même modèle d'échange que celui qui gouverne le marché des affaires et du travail. Le véritable amour n'est possible que si deux personnes communiquent entre elles à partir du centre de leur existence... Ce n'est pas un sentiment à la portée de n'importe qui : il dépend de notre degré de maturité. ...

Edouard Rod

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Je désire vous offrir ce livre, parce que vous êtes celui de mes amis de lettres dont je me sens le plus près : non par le talent, hélas ! mais par je ne sais quelle tendance à me préoccuper des questions qui vous préoccupent et à trouver à peu près les mêmes motifs d’intérêt dans les ouvrages qui vous intéressent aussi. Il me semble donc que nous marchons - quoique d’allures différentes - sur un terrain commun. Votre pas est plus décidé que le mien ; vous avez des certitudes dont je suis encore loin, auxquelles je n’arriverai peut-être jamais ; vous poursuivez un but précis, et j’erre un peu pour le plaisir de la promenade. Mais à défaut des mêmes convictions, j’ai les mêmes curiosités que vous et les mêmes sympathies. Les biographies des personnes moyennes, dont les noms s’effacent, peuvent presque toujours se résumer en peu de lignes. Leurs vies s’écoulent, pareilles à des eaux lentes à travers des paysages monotones, pour aller se perdre dans les mille canaux de l’oubli : tels, les...

Osamu

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Comme elles sont pénibles, ces nuits d'efforts obstinés et ces aubes de désespérance ! Qu'est-ce donc que vivre en ce monde : se contraindre à la résignation ? Supporter la misère ? Ainsi, au fil des jours disparaît la jeunesse, rongée petit à petit. Il faut pourtant trouver le bonheur en ce monde... Ma voix était devenue muette ; et dans le désoeuvrement de ma vie tokyoïte, je me mis à écrire, fragment par fragment, des textes qui, à défaut d'être des chants, méritaient bien d'être appelés "morceaux de vie" : ainsi ma propre création m'aida-t-elle à prendre conscience de la voie qui serait désormais la mienne en littérature. Petit à petit, un sentiment qui ressemblait à de la confiance s'empara de moi. "Eh bien voilà !" pensai-je ; et je me remis au grand roman dont je nourrissais depuis longtemps le projet. Je rédigeai mon "testament" : Souvenirs, un texte de cent pages. Officiellement, ma première oeuvre. Je voulais, sans rien em...

Karl, le sniper

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Où commence donc, en fait, l’inappétissant, et où cesse-t-il ? Pourquoi n’y a-t-il pas de cabinets pour manger ? Manger en public, et digérer en privé ; c’est ainsi qu’il convient à ces messieurs dames ! Et pourtant, rien ne surpasse l’indécence d’une table d’hôte. La racaille visite les « monuments intéressants ». On continue donc à demander simplement si le tombeau de Napoléon est digne d’être vu par Monsieur Shulze, et on ne demande toujours pas si Monsieur Shulze est digne de voir. Ce qui m'a toujours agacé, c'est la désinvolture avec laquelle la plupart des gens arborent leur visage. J’apprends donc, sans l’avoir demandé, ce qui se passe à l’intérieur de mes contemporains. Que je voie leur laideur extérieure ne leur suffit pas. Dans les cinq minutes où nous partageons notre route, il me faut aussi être instruit de ce qui les émeut, les ravit, les déçoit… Ceci, et ceci seulement, est le contenu de notre culture : la rapidité avec laquelle la bêtise nous entraîne dans son to...