Osamu
Comme elles sont pénibles, ces nuits d'efforts obstinés et ces aubes de désespérance ! Qu'est-ce donc que vivre en ce monde : se contraindre à la résignation ? Supporter la misère ? Ainsi, au fil des jours disparaît la jeunesse, rongée petit à petit. Il faut pourtant trouver le bonheur en ce monde... Ma voix était devenue muette ; et dans le désoeuvrement de ma vie tokyoïte, je me mis à écrire, fragment par fragment, des textes qui, à défaut d'être des chants, méritaient bien d'être appelés "morceaux de vie" : ainsi ma propre création m'aida-t-elle à prendre conscience de la voie qui serait désormais la mienne en littérature. Petit à petit, un sentiment qui ressemblait à de la confiance s'empara de moi. "Eh bien voilà !" pensai-je ; et je me remis au grand roman dont je nourrissais depuis longtemps le projet. Je rédigeai mon "testament" : Souvenirs, un texte de cent pages. Officiellement, ma première oeuvre. Je voulais, sans rien em...