Une enfant perdue

Sur le tchat ce soir, une gamine blessée cherche à étourdir sa vie, son chagrin. Pour cela, elle veut se faire du mal, se punir peut-être, se salir. Elle croit que la déglingue, l'alcool, la dope et la baise, l'aideront à oublier sa détresse, son enfance, ses parents, sa classe sociale, son avenir, sa vie. Les lascars alentour l'ont bien compris, elle toque à la bonne porte. Moi aussi je la comprend parfaitement la petite, j'ai été comme elle, et le méchant manège des vautours autour de cette proie facile me déprime salement. Aucun secours ne peut lui être apporté car elle ne veut pas qu'on l'aide, elle veut juste qu'on la tue, qu'on la flingue pour de bon. C'est un passage obligé sans doute. J'espère seulement pour elle qu'elle ne fera pas de trop trop mauvaises rencontres...

Pourquoi est-on tant attaché à sa souffrance ? Chérit-on autant son malheur ? Peut-être parce que c'est dans le sel des larmes que se trouve la jouissance la plus prégnante, la plus sincère, la plus vraie. Il manquera toujours quelque chose aux amours heureuses - d'ailleurs existent-elles vraiment ? Seul goûte la volupté, le vertige de vivre, celui qui pressent, avec larmes, la finitude de tout et le tragique absolu des choses humaines. Alors le désespoir de cette enfant perdue a quelque chose de romantique, même si l'envers de son décor est, lui, véritablement cauchemardesque.

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