En ce moment, à chaque fois que je promène ma lassitude et mon spleen sur le tchat où j'ai mes habitudes et que je me prends à humer l'indigente mélasse intellectuelle des pauvres bougres présents, un ennui lourd de plusieurs tonnes me tombe dessus. Mes paupières se ferment, mon corps s'affaisse, mon esprit se brouille. Je souffre corporellement de l'ennui. En lieu et place de ma révolte habituelle, quand je me trouve face à trop de laideur et de bêtise, ne subsiste qu'un profond silence, un dégoût résigné, une amertume fade. Mes mots sont partis, ma colère et ma force aussi. Si ces joyeux imbéciles n'étaient que cons passerait peut-être encore mais ils sont, de surcroît, mauvais comme des teignes. Affreux, sales et méchants, comme dans le film de Scola. Ah, Dieu ! que cette populace me rebute... Le problème n'est pour autant pas résolu quand je quitte ce lieu infâme. Ma fatigue est un immense ciel où je m'égare tout à fait. Je dors debout, assis, couché...