Fatigue
En ce moment, à chaque fois que je promène ma lassitude et mon spleen sur le tchat où j'ai mes habitudes et que je me prends à humer l'indigente mélasse intellectuelle des pauvres bougres présents, un ennui lourd de plusieurs tonnes me tombe dessus. Mes paupières se ferment, mon corps s'affaisse, mon esprit se brouille. Je souffre corporellement de l'ennui. En lieu et place de ma révolte habituelle, quand je me trouve face à trop de laideur et de bêtise, ne subsiste qu'un profond silence, un dégoût résigné, une amertume fade. Mes mots sont partis, ma colère et ma force aussi. Si ces joyeux imbéciles n'étaient que cons passerait peut-être encore mais ils sont, de surcroît, mauvais comme des teignes. Affreux, sales et méchants, comme dans le film de Scola. Ah, Dieu ! que cette populace me rebute...
Le problème n'est pour autant pas résolu quand je quitte ce lieu infâme. Ma fatigue est un immense ciel où je m'égare tout à fait. Je dors debout, assis, couché. Je perds les notions de lieu, de temps, d'espace. Quelquefois, je me demande si je ne suis pas en train de vivre un Alzheimer précoce. Les volets électriques de ma chambre sont en panne depuis un an. La flemme d'appeler un réparateur. Pas l'envie, pas le courage. Du coup, je suis plongé dans le noir, les ténèbres perpétuelles - ad vitam aeternam ! Plus de jour, plus de soleil, plus d'abeilles, qu'une longue et interminable nuit. Et à priori, ce n'est pas demain la veille que je verrai le bout de cet éternel tunnel qu'est devenue ma vie.

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