Un vieux connard

N'ayant rien de spécialement plus intelligent à faire, je matais en baillant une émission poubelle sur ma boite à cons. Le héros c'était Dédé. Le joufflu, le dodu, le moustachu, le rose Dédé. Ce frétillant et jovial retraité organisait en postillonnant une sorte de fanfare ch'ti dans un camping du sud de la France. Moi qui suis le plus abandonné des hommes, je constatais amèrement que cet énorme blaireau rigolard ne manquait pas d'amis. Des hommes, des femmes, tous plus hilares et heureux les uns que les autres, le suivaient allègrement dans son délire, sa grande fête à Neuneu. En général, j'ai remarqué que les gens, et même les pas tout à fait Dédé, aimaient bien rassurer tout le monde en expliquant qu'ils travaillaient, qu'ils la gagnaient même plutôt bien leur inepte petite vie de con, qu'ils avaient aussi pleins d'amis, des vrais, des potes de longue date. Moi, je n'avais jamais rien su garder. C'était ma technique à moi, pour rester libre et repartir toujours de zéro, de tout bazarder. L'eau du bain, le bébé, et tout le reste. Mais j'avoue qu'en contemplant le défilé carnavalesque du gros Dédé cahoter avec rires et fracas dans les allées du camping des flots bleus, aujourd'hui que mes jeux étaient fait, je l'avais un peu mauvaise, serrée douloureusement dans ma gorge de vieux connard solitaire.

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