Tout est affaire de décor


Je pense savoir ce qui fait naître la vocation chez un comédien. Comment évoquer ce sentiment sans paraître ridicule... La conscience de mon néant est parfois si forte, si envahissante, si désolante, que je ressens ardemment, violemment moi aussi, le besoin de peupler le silence de mots de poètes - ceux utilisés au quotidien étant disqualifiés, insuffisants. Alors, le temps d'une chanson ou d'un poème, ma vertigineuse angoisse s'apaise et il me semble exister un petit peu... Enfin habité, par le rêve, la chimère, l'épopée ou le drame, je trouve là, paradoxalement, une sorte de consistance, de réalité. Illusion, évidemment, car rien n'est vrai, rien n'est réel que le vide. Maquillage, costume, théâtre, comédie donc, mais vitale, bienfaisante et nécessaire.

Ce sentiment de vacuité, d'inanité de tout, semble toutefois universel. Cette vieille femme qui montre son sexe en Webcam, en direct de son Bungalow d'été, sur ce tchat désolé, est ma soeur de misère. Elle aussi comble son vide intérieur, colmate son désert affectif, console sa cosmique solitude. Elle le fait simplement avec ses doigts, devant une assemblée de branleurs solitaires.

Comme ils disent

La solitude

Dis, quand reviendras-tu ?

Perlimpinpin

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