Fonds de tiroirs


C'était rigolo les petites annonces quand ça existait encore. J'aimais bien faire rire Elodie, qui vivait avec moi en cette lointaine époque, en interprétant celles du journal local de notre ville avec des voix tordues et caricaturales. Par exemple je prenais un ton de vieux bonhomme, qu'on imaginait hirsute, édenté et sale et je lançais : "Jeune Homme, 75 ans ! cherche p'tite pouliche bien roulée pour rodéo endiablé !" Elodie, bonne enfant, bon public et parfaite amie, éclatait alors de rire.

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Les imbéciles, "qui se croient innocents mais qui sont en réalité les pires des ordures" comme aimait le répéter mon professeur, passent leur temps à vous juger et à vous condamner pour des crimes que vous n'avez pas commis. Par contre, si vous émettez, du bout des lèvres et de l'humour noir, la moindre remarque ou observation, sarcastique, drôle et bien sentie, sur leur conduite de brigands, de vauriens et de moins-que-rien, leur inimitié fanatique vous est sur-le-champ accordée et vous voilà poursuivi, pourchassé, avec hargne, rage et furie par leur haine mauvaise et leur vindicte criminelle. Quand je considère les techniques sournoises et perverses dont usent ses soi-disant hommes de bien pour vous isoler en ruinant votre réputation à grand renfort de mensonges et de calomnies, je suis assez fier, tout bien considéré et même si cette position est inconfortable, qu'ils me comptent parmi leurs ennemis.

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Jeune homme, j'avais lu un bouquin du vieux Dutourd dans lequel il écrivait adorer les imbéciles. Il les comparaient à de bons gros steaks - nourriture essentielle pour un écrivain selon lui. Je crois que Flaubert n'aurait pas désapprouvé.

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Une grosse marocaine, qui rentrait de la plage, huilée et luisante, exhibait, nonchalante, ses énormes nibards en cam devant une assemblée d'admirateurs en branle, tandis qu'elle et moi discutions en messages privés où elle m'écrivait : "Je suis le contraire d'une fille de plage. Je fuis le soleil. J'ai un teint de vampire. Je suis un peu sorcière..."

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J'aime les imperfections chez un beau garçon. C'est souvent la source de son charme.

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Quand, dans bien des années, les générations futures plancheront sur ma grande oeuvre, avec sérieux et érudition, qu'ils essaieront, de toute leur science, de comprendre les motivations et les névroses du poète maudit que je fus, ils ne sauront pas, les pauvres, que j'inventais, les jours de beau temps, des chansons pour mon chat :

Il avait un tout petit chaton, le Maxi-meu, le Maxi-meu
Qui n'était - mais pas du tout mignon
Le gros chaton en tire-bouchon !

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J'aime bien les chats car ils ont le mépris facile. Comme moi.

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Je rentre à l'instant de chez ma petite coiffeuse et je suis, comme toujours, dévasté. Dévasté de m'être contemplé pendant une heure dans son miroir de l'enfer. "Miroir, mon beau miroir, semblait penser la sorcière en taillant mes quatre poils, dis-lui qui est le plus laid..." Je plaisante bien entendu, cette jeune personne est adorable, très joyeuse - même si elle surjoue un peu - mais "on ne peut pas être et avoir été", hein ? Moi qui était si mignon, si désirable avec ma longue tignasse brune et ma mèche coiffée en vague, me voici aujourd'hui petit porcelet dégarni. Ma dermite séborrhéique, héritage de mon glorieux père, complétant le tableau, la blessure narcissique est mortelle. Plus d'égo le Max au sortir du supplice ! Après y avoir travaillé pendant six ans comme employée, la jolie jeune femme reprend le salon à son compte et a de grands projets ! Elle a des goûts de luxe, c'est une fille sophistiquée. Affaibli, presque mort, le "Moi" rétracté au possible, je murmure, dans un râle d'agonisant, qu'il ne faudrait pas qu'elle vise trop haut question standing car je n'oserai plus, moi le nabot ridicule, venir me faire coiffer chez elle... "Oh ! lance-t-elle en riant, j'accepte tout le monde, moi !"

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Il existe quelques hommes dont le physique, écorché, rocailleux et aride, serait un parfait écrin pour mon esprit, pour mon âme. Je les écoute parler, je les regarde vivre, bouger un instant, et, soudain mélancolique et désabusé, je prend la mesure du gâchis.


Cela me rappelle une anecdote. Je me souviens avoir pris mon temps pour déguster le premier livre de Pierre Lamalattie, ouvrage que je trouvais succulent. Je m'en vantais auprès de mes amis. Quelques temps plus tard, Frédéric Schiffter confiait sur son blog avoir fait de même. Ce n'était pas la première fois que je lisais, sous la plume de l'écrivain, des pensées, des goûts ou des anecdotes relatant quelques actions, qui jusque-là n'appartenaient qu'à moi. Ce qui renforçait chaque fois un peu plus mon amitié pour lui. Dans ce livre donc, le narrateur, en léger embonpoint, un peu mal dans sa peau, voit passer un bel homme et pense avec mélancolie :"Ce doit être agréable d'habiter ce corps-là..." Suite à cet épisode, il entre, dépité, dans une boulangerie et réconforte son angoisse avec une tartelette au citron.

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- Dis...
- Va te branler Michel...

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