Si je devais être tout à fait sincère, je dirais que j'aime mon ami surtout pour l'amour qu'il me porte. Il me regarde vieillir avec bienveillance, amitié et tendresse. Son affection pour moi n'a pas l'air d'être érodée par le temps, l'usure, la fatigue ou l'habitude. Il a même encore quelquefois des sursauts de jeune amoureux : jalousie, inquiétude, impatience... J'ai de la chance, je le sais, d'être accompagné de la sorte sur le chemin de mon ultime demeure, de mon dernier sanglot.
Je suis si fatigué, si fatigué... Même le sommeil ne me répare plus. Mon corps est lourd, mon âme dérive. La moindre interaction m'épuise. Je n'ai plus la force de rassurer, consoler, cajoler. Je veux juste qu'on me fiche la paix. Avec lâcheté, je remet tout à plus tard. Les explications, les obligations, les devoirs. Cela ressemble à de la dépression et pourtant, non, je ne crois pas que ça en soit. Je ne suis pas révolté, pas en colère, ni même lassé, je n'éprouve aucun sentiment négatif, je n'ai simplement plus rien à dire. Une petite tristesse, oui, à peine perceptible, accompagne cet abattement. Je n'ai pas d'idées noires, je suis neutre. Je voudrais fuir loin du monde. M'asseoir et attendre.
Pour se débarrasser d'un désir envahissant, obsédant, importun, pour pouvoir, enfin soulagé, penser a des choses plus sérieuses, - boire, par exemple - il faut savoir être efficace ! Efficace
Elle ronchonnait au bout de son balai, et s'apitoyait sur l'échec qu'avait été son existence. "Il n'y a, à mes yeux, que deux choses qui rachètent, qui sauvent une vie, toute vie, lui dis-je alors. De sa médiocrité, de sa banalité, de son néant. Qui lui confèrent une dignité, une grandeur peut-être, voire une beauté, "après-coup". L'une est négative, et l'autre "positive", si l'on veut. C'est le suicide et l'art."
La grande tentation c'est le mensonge. Moins par volonté de tromper autrui que par peur de s'avouer à soi la vérité. S'il y a une vérité. Les félonies sont rares ; le mensonge le plus fréquent, c'est le bavardage. On ment par horreur du vide... Mais bavardage est lâcheté : peur du silence, peur de la vérité... C'est parole apeurée. Et nous sommes tous bavard en public, par cette peur. C'est pourquoi la solitude est une chance : pour une fois au moins aller au bout de son silence. Cette solitude est avant tout intérieure ; nous sommes solitude dit Rilke, au coeur du couple ou de la foule. Mais cette solitude est difficile, et l'on n'y atteint pas d'un coup. Il est plus simple d'abord de s'isoler, au sens matériel du terme : l'isolement n'est pas la solitude, mais peut y mener. Pédagogie du désert : faire le vide autour de soi, pour le trouver en soi. N'entendre plus personne, ne plus rien dire : écouter son silence... Il faut se ta...
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