Bavardages

Ma mère aime se souvenir d'une petite aventure vécue dans mon enfance. Nous étions en vacance en Méditerranée et nous rentrions de la plage. Nous marchions côte à côte et moi, je devais avoir sept-huit ans, la tête baissée, mes petits yeux myopes rivés sur mes sandales, je parlais, je parlais, je parlais. Ma mère, comme à son habitude, n'écoutait pas. Elle subissait patiemment. Quand tout à coup ! le silence. Se retournant, elle m'aperçut par terre, la main sur le crâne. Je m'étais pris un panneau en béton, ce qui avait eu pour effet de me faire taire sur-le-champ. Ce fut, à l'en croire, un des plus grands fous rires de sa vie. Bien sûr, après m'être fait plaindre et consoler par ma grand-mère, je boudais toute la soirée.

J'ai toujours aimé parler. J'ai toujours été loquace. D'ailleurs, aujourd'hui encore, je "n'écris pas", je consigne mes bavardages. Me lire c'est m'écouter radoter. Mon plus fidèle auditeur reste cependant mon ami qui, lui, a droit à mes brouillons, à mes "directs", à mes "lives". Depuis maintenant dix-sept ans que nous nous fréquentons, je me dis que cela ne doit pas tant lui déplaire. Il sait tout de même me faire sentir quand je suis trop long et, quand il est lassé, couper court pour m'envoyer à la niche. Je ne me vexe plus. Quelquefois, cependant, il m'écoute, recueilli, extrêmement attentif, silencieux, concentré, voire, cela lui arrive, ému. Dans ces moments-là, j'ai l'impression de dire des choses très belles, d'être un petit peu poète. 

Notre chat Toto aime aussi nous écouter. Quand nous nous réunissons dans la cuisine ou dans le patio, il vient toujours se mêler à nos discussions. Depuis onze ans maintenant, nous formons une sorte de petite colocation à trois. Parfois je me demande si c'est parce que nous nous exprimons beaucoup que Toto est si bavard. Toujours à nous suivre, nous étudier, nous interroger du regard, lui aussi nous miaule un peu sa vie. Evidemment, il a toujours droit à une réponse, à une caresse ou un bisou. Cela lui convient : ce chat est fou de nous. Toto est un minet d'intérieur qui sort le matin. Son minuscule territoire se limite à la maison et à notre jardinet. Et il veille au grain ! Les matous des voisins, à force de castagnes - Toto est la terreur du quartier - l'ont dorénavant compris et ne viennent plus traîner sur ses plates-bandes. Ses papas sont à lui. 

Tout cela, ma foi, ressemble fort au bonheur et c'est vrai, je l'avoue, que nous sommes heureux. Damn ! Profitons. Pour le malheur, qui viendra bien assez tôt, nous verrons plus tard...

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