Jaloux
La jalousie et la fureur de Dino dans le roman "l'ennui" d'Alberto Moravia, je les ai connue moi aussi, jeune homme. Mais bizarrement jamais avec des hommes que j'ai vraiment aimé. Elles s'adressaient surtout à de petites dindes incultes que je méprisais. Ces petites connasses qui n'existent que du bout de l'être, dont les mots fuient comme une chasse d'eau et ont autant de consistance qu'une bulle de merde, je les ai haï de toute mes forces, avec démence, impétuosité, ivresse. Ces petits corps sans âme qui se baladent naïvement dans l'existence, avec leur petits culs de pétasses, leurs petites idées chipées dans cet insupportable air du temps, avec leur regard bovin, stupide, aussi glacé et indifférent que la mort, je les ai poursuivis, chassés, je voulais absolument qu'ils mesurent toute l'étendue de ma haine, le poids de mon dégoût. En vain, ils n'étaient pas équipés pour comprendre mon désarroi et mon humiliation à figurer dans leurs petits mélodrames pour ménagères. "Tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle" fulminait le vieux Charles : j'en étouffais, j'en perdais le sommeil, le sens et la raison.
Je n'ai jamais tué aucun d'entre eux toutefois, je n'étais donc pas si fou...

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