Carla Bruni pense que les vrais gens ont une vie de rien . Alors que sa vie à elle, avec Nicolas Sarkozy, ce n'est pas rien. On se demande parfois ce qui lui a tant plu chez le marchand de tapis hongrois. Sa Rolex à cinquante ans ? Son maniement du Karcher dans les banlieues ? Son travailler toujours plus pour gagner toujours moins ? Mystère et boule de conne. Toutefois, en dépit de ses errances, cette longue chatte minaudeuse fredonne plutôt joliment, et c'est cela qui est tant agaçant : Alors que nous voudrions la mépriser une fois pour toutes et l'oublier pour de bon, nous ne pouvons nous empêcher d'être charmé quand nous croisons, au détour d'un disque ou d'une compil, son petit filet de voix cassée. C'est quand qu'on va où ?
Rien n'abrutit plus que le bonheur. J'ai toujours eu les gens heureux en horreur. Leur gaité, leur frivolité, leur insouciance me provoquaient des ulcères. Me voici depuis peu l'un d'eux. Conciliant, aimable, doux, tolérant et bon, je serais presque fréquentable. C'est un scandale, une honte ! * * * Où il est question de béatitude
Je dépose les larmes. Anonyme. De plus en plus souvent lui apparaissait le pathétique, le dérisoire de ses actions. Le bavardage et l'agitation planétaire le dégoutaient chaque jours davantage. Ce vain désir d'exister, d'être vu, lu, apprécié, l'écoeurait. Il jeta son téléphone, son ordinateur portable et s'enferma. Hélas, il s'aperçu bien vite du ridicule de cette action aussi : il passait ses journées à guetter la venue d'un éventuel ami qu'aurait inquiété son absence. Mais nul ne venait, il avait été superbement oublié. Son silence, sa révolte lui apparurent alors aussi insignifiants que tout le reste. Même son suicide, songeait-il, n'alarmerait personne. La grande indifférence du monde lui tomba alors sur la tête. Il s'assit par terre et il pleura.
Ma mère était très remontée tout à l'heure. Son frère, mon oncle, vit avec une femme toxique, une mégère qui lui a pourri la vie et continue sur ses vieux jours. Personne, à commencer par lui, ne peut l'encadrer cette bonne femme. Et voilà ma mère, comme tous les mercredis, me racontant ses nouveaux méfaits en confectionnant une omelette au fromage. Cela fait maintenant des années que le disque tourne en boucle et je m'étonne, un brin agacé, qu'il ne l'ait pas encore quitté. Vivre avec son bourreau, il doit quand même un peu y trouver son compte, lui dis-je. Depuis tant d'années, mince ! Mon oncle a connu cette fausse blonde à la poitrine opulente, j'étais encore marmot, je devais avoir sept ou huit ans, et déjà elle défrayait la chronique familiale. Je la soupçonne même, en ces temps glorieux ou nous étions leurs voisins, mes parents et moi, d'avoir couché avec mon père, lors de leurs après-midis de chômeurs. Le soir, quand nous rentrions, ma mère, du ...
Après le divorce d'avec mon père, ma mère mit longtemps à se reconstruire. Puis, elle tomba profondément amoureuse d'un homme. Un solitaire, un ours , comme elle disait, amateur de nature, de grands espaces et de montagne. Il l'emmenait partout avec lui, en randonnées diverses, dans des gites... Je crois que leur relation était aussi très charnelle. Elle l'avait dans la peau. Moi, il ne pouvait pas m'encadrer. Il me broyait la main pour me saluer, m'adressait à peine la parole lors des rares soirées qu'il passait chez nous. Inimitié que je lui rendais bien volontiers et avec zèle. Ma mère le quitta d'ailleurs pour cette raison : son fils passait avant son histoire d'amour. Ce fut lui qui m'offrit mon premier disque de Léo Ferré. Un soir, nous écoutions la radio dans le salon, pendant que ma mère préparait le repas, quand une chanson d'Ophélie Winter passa. Je pensais que les chansons de la starlette la définissaient bien. Il ricana méchammen...
Aujourd'hui, je me sens comme un lunatique au soleil, un rêveur insomniaque, un cascadeur en porcelaine, une femme sans amants. Je me sens comme un nationaliste expatrié, un homosexuel au Sénégal, un dictateur sur la lune, un rockeur en Ehpad. Je me sens comme une victoire amère, une poupée sans tête ou une reine sans couronne. Je me sens comme un agent immobilier à la rue, un fêtard dépressif, un fanatique sans idole, une rue sans nom, un amour oublié. Je me sens comme un objet trouvé, comme une boussole perdue, une chaussette trouée ou un chewing-gum écrasé. Je me sens comme une nouveauté obsolète, un cocu infidèle, un cocktail sans alcool. Je me sens comme une guerre propre, comme une sale nuit, une tronche de cake ou une belle ordure. Je me sens like a motherless child , comme une pute au couvent, comme un lion dans une cage, un artiste sans oeuvre, un mélomane sourd.
Quand j'étais enfant, jeune adolescent, j'étais amoureux de Nathalie Baye. J'adorais sa voix. J'aurais voulu qu'elle soit ma mère pour me lire des histoires le soir, comme de beaux préludes à mes insomnies. Ma vraie mère, attendrie, m'emmena donc la voir au théâtre, un soir qu'elle se produisait dans notre ville. Dans une pièce de Marivaux, je crois. A la fin de la représentation, elle insista pour que j'aille lui dire un mot. Quand ce fut mon tour de parler à la comédienne, rouge comme une pivoine, je balbutiais, les yeux sur mes chaussures : "j'ai vu tous vos films..." Et, armée de ce sourire qu'elle avait si beau et si tendre, elle me répondit, amusée et espiègle : " Ah, oui ? Vraiment tous ?"
J'te taillerais bien les veines... * J'te sucerais bien les doigts... * J'te fum'rais bien l'cigare... * J't'aspirerais bien les lèvres... * J'te plum'rais bien la tête... * J'te hum'rais bien les pieds... * J'te boufferais bien le ... *** Tu t'appelles comment ?
Elle croit m'en remontrer avec ses phrases bien tournées, assassines, au vitriol - Ha ha ha ! ça, c'est bien envoyé Marinette ! - sauf que je lui ai déjà répondu, moi. Il y a dix ans maintenant. C'est publié, c'est trouvable. Alors je baille, patient, je souris, aimable, silencieux, un brin lassé par cette nouveauté éventée, par ce clash dépassé, et m'en reviens dans le futur, là où je vis aujourd'hui. Sans elle.
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