Vieillard lubrique

Vaut-il mieux être soi, coûte que coûte, quitte à se ridiculiser ou bien modérer sa folie afin de préserver un semblant de dignité ? Ma grand-mère avait un frère homosexuel. Bien sûr, personne n'en parlait, c'était un secret de Polichinelle. Ce type, du fin fond d'un autre âge, passait pour un original, et il l'était, mais il était surtout très attiré par les jeunes hommes, voire même les adolescents. Tous les jours, il prenait sa petite voiture sans permis et se rendait au centre commercial de son village pour papoter et faire le pitre avec la jeunesse inculte qui traînait là son désoeuvrement. Il était, on s'en doute, avec ses casquettes, ses marcels et ses bermudas, la risée et la mascotte des petits lascars, pas si dupes de son manège. Oui, il était vraiment affreux quand j'y pense ce vieillard libidineux et, jeune adolescent, il me dégoûtait un peu, me faisait vaguement pitié.

Heureusement, je sais mieux me tenir que lui et feindre facilement d'être un adulte responsable et indifférent, mais allez savoir celui que je deviendrai quand il n'y aura plus autour de moi que des fantômes et du vide ?

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