Logorrhéiquement vôtre

"Doute de tout. Harcèle-toi toi-même" disait Blaise Lesire. Je n'avais pas attendu, pour ma part, qu'il l'écrive. "Vous êtes paranoïaque" me disait-il encore à la suite de mon professeur, qui ajoutait, lui, sibyllin et malicieux : "Les paranoïaques ont toujours raison..." 

J'ai toujours tout pris pour moi, c'est ma façon de réfléchir. Quand j'ai un reproche à formuler me vient toujours, comme un réflexe, cette question : Et toi-même ? C'est pour cela que mon jugement est souvent troublé, jamais sûr, toujours changeant. "Le doute, écrivais-je jadis dans mes cahiers, est une bonne façon de se prévenir contre une connerie trop définitive." Et plus loin : "Un rien suffit à m'ébranler, me faire douter. Je suis une feuille dans le vent." Certain(e)s l'avaient bien compris et s'en servaient perversement, contre moi. "C'est bien de douter Max, me disait, amusée, une amie de jeunesse, mais à ce point !" C'est comme ça. Il n'y avait rien qui me semblait à jamais acquis et tout était éternellement remis en question. Les compliments que m'avait fait cet homme de coeur, par exemple, et même s'il était vrai, de toute éternité, qu'il les avait prononcés, et peut-être pensés, un jour, étaient-ils toujours d'actualité, valables aujourd'hui ? Son silence, son éloignement laissait plutôt penser le contraire. "Quand un bébé pleure, on va le consoler, m'expliquait lentement mon professeur, mais attention ! jamais la deuxième fois." J'aurais donc beau pleurer encore et longtemps, moi l'inconsolable vieux bébé, personne ne viendra plus. Plus de mamans, plus de papas pour moi, plus de mentors et plus d'infirmières. "Il vous faut grandir" me dirait Eric Zemmour avec un sourire sadique. 

Mes éternelles jérémiades ne m'amusent même plus moi-même. Dés le début, je parlais de la fin, et maintenant que j'y suis ? Je continue (parbleu !). Le ridicule ne tue plus personne. Je dirais même qu'il n'existe plus, il a lui aussi disparu. C'est là la grande invention, la grande nouveauté hypermoderne d'ailleurs, d'avoir dilué le ridicule dans l'excès, la profusion de celui-ci. "Trop de ridicule tue le ridicule" sourit, rassasié, le péquin lambda. La connerie, la médiocrité, la banalité ont tout envahi, même les territoires, vierges jusque-là, de la poésie, du sacré, du tabou. Le langage, lui-même, a été dévalué, bradé, violé par les bonimenteurs de profession. Plus personne n'écoute, et tout le monde parle. Le silence s'est noyé dans la cacophonie générale et même au fond des grands bois résonne au loin une radio. 

Le temps des grands voyages, des grandes découvertes et du mystère est à jamais révolu. Rien n'a survécu à la connaissance, à la science, à la recherche. L'amour est morte, ne vous déplaise. L'humanité qui se survit ressemble de plus en plus aux zombis décadents des films apocalyptiques. Tout n'est plus qu'accident, hasard, rien ne veut plus rien dire, il n'y a plus rien qui signifie, qui fasse signe comme disait l'autre. L'impermanence est, aujourd'hui plus que jamais, la reine de la piste, la Queen du Dancefloor. Rien de pérenne dans ce monde brinquebalant, scintillant, illusoire, plus toc que toc, made in china et bon marché où tout se vaut, où plus rien ne vaut. Jusqu'à la grande Mort, décédée elle aussi, seule, dans son lit, une nuit de pleine lune. Nos âmes sont soldées, nos coeurs hypotéqués, nos corps périmés. Mais don't worry guys ! car voici maintenant une page de publicité !

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