Sale nuit

A quelle oreille confier le poids d'un chagrin ? 
Quelle rêveuse éveillée entendra dans la nuit 
battre mon coeur ?
Jacques Higelin.

La nuit, s'avançant lentement, m'a mené à l'extrême dégoût de moi. 
J'ai arrêté de boire, il y a trois mois. Depuis me revoilà souvent joyeux, foufou, blagueur. Je retrouve, me semble t-il, ce qui est ma vraie nature, cette gaité insouciante et farceuse de ma jeunesse, enfantine, celle d'avant ma chute. Puérile ? oui sans doute, pour un homme de mon âge... Je plaisante, je badine, je parle trop fort, m'en rend compte, me tais et me surprend à être heureux. Où sont passées mes idées noires ? me dis-je en souriant devant ma glace, c'est un scandale !
J'ai lu, ce soir, quelques passages d'auteurs graves et solennels qui ne vivent que sur les cimes de la beauté et mon insignifiance, ma vulgarité, ma bêtise m'ont éclatées au visage. Mon professeur et ces immondes rats, qui me haïssent et veulent ma perte, à sa suite, ont bien raison : je suis nul. Me voilà, encore une fois, en proie au doute et à l'angoisse. Je relis ce que j'ai écrit, j'écoute ce que j'ai enregistré, tout me parait nul, nul, nul. Cheap, kitch, mauvais goût ! 
La nuit, insidieusement, avec patience et perversité, m'a mené au mortel dégoût de moi. Il est temps d'aller se coucher.

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